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Portrait du Grand Prix de thèse sur la ville - 2017 : Perrine Poupin

publié le 25 juillet 2017 (modifié le 28 juillet 2017)

Grand Prix du jury du Prix de thèse sur la ville - 2017 : Perrine POUPIN

Pour sa thèse de doctorat en sociologie “Action de rue et expérience politique à Moscou. Une enquête filmique”, thèse soutenue à l’EHESS-Centre d’Etude des mouvements sociaux-Centre d’Etudes des mondes russe, caucasien et Centre européen, sous la direction de Daniel CEFAI et d’Yves COHEN
Résumé de la thèse de Perrine Poupin (format pdf - 105.5 ko - 10/07/2017)
Thèse de Perrine Poupin (format pdf - 6.8 Mo - 10/07/2017)

Quel est votre parcours universitaire et professionnel ?
Mon intérêt pour l’observation longue et minutieuse vient, avant mon parcours en sciences sociales, d’une formation en licence de biologie marine à La Rochelle. Cette formation m’a enseigné la réflexivité critique eu égard aux protocoles d’expérimentation mis en place par le chercheur, m’a sensibilisée à la complexité et à la diversité des formes et des milieux du vivant et familiarisée avec la perspective écologique, retrouvée plus tard en sciences sociales. Après un master en géographie (Université Paris IV, puis à l’EHESS), mes travaux de doctorat se sont organisés autour de l’étude de l’action collective à Moscou, dans les années 2000 et 2010. J’ai réalisé cette thèse au sein du Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC) et du Centre d’étude des mouvements sociaux (CEMS), à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, sous la direction d’Yves Cohen et Daniel Cefai. Dans un cadre exigeant du point de vue de la thématique des mouvements sociaux et de la méthode ethnographique, j’ai pu faire travailler les notions du pragmatisme, de l’enquête et de l’expérience publique. Je mène actuellement une enquête post-doctorale sur des animations numériques développées par la Ligue de l’enseignement, les Céméa et les Francas (Université Paris-Descartes). Parallèlement je poursuis une enquête sur la révolution et la guerre en Ukraine que j’ai entamée en 2013.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de votre sujet de thèse ?

En arrivant à Moscou, j’avais le vague projet d’enquêter au long cours avec une caméra sur des pratiques urbaines, sans trop savoir lesquelles. Pour satisfaire ma propre curiosité et accompagner des amis artistes militants rencontrés récemment, je me suis rendue à des manifestations de rue. La première action fut un choc pour moi : cent personnes se tenaient debout, sous la pluie, dans un enclos entouré de barrières métalliques dans lequel on pénétrait par des détecteurs de métaux, après une vérification des sacs par des policiers, et coincé entre un monument et une autoroute urbaine. Des manifestants furent arrêtés sous prétexte que le nom de leurs organisations n’était pas inclus dans la liste déposée à la préfecture. L’ennui éprouvé dans l’action et le sentiment d’absurde lié à cette arrestation visiblement habituelle cristallisèrent en moi un doute quant au sens de ce militantisme, à la fois impossible car réprimé et inhospitalier. Ce trouble a été le moteur de l’enquête. Ensuite, les événements traumatiques que j’ai étudiés (le passage à tabac de jeunes personnes par des policiers dans un commissariat à Moscou, un double assassinat politique dans le centre de la capitale et une arrestation sur fond de conflit autour d’un chantier autoroutier traversant la forêt de Khimki, dans la banlieue nord de Moscou) se sont déroulés à Moscou quand j’y habitais. Mener une enquête a été pour moi une façon d’y faire face, en prenant part aux coalitions contre ces situations et le statu quo. Les coalitions étudiées ont été capables d’impulser une mobilisation collective intense. Elles ont conduit à reformuler des problèmes majeurs de la société russe, à savoir l’arbitraire de la police, la terreur ultranationaliste et la destruction de l’environnement.

Quel impact sur votre carrière scientifique attendez-vous de ce prix de thèse ?
L’enquête urbaine et filmique que j’ai menée a décrit et analysé les relations d’interdépendance entre milieu urbain, forme de vie métropolitaine moscovite et activités revendicatives. Elle a inséré les activités revendicatives dans le cadre des transformations historiques et spatiales qu’a connues Moscou et qui ont affecté les espaces communs. L’enquête a établi une géographie de la Moscou revendicative en répertoriant les lieux de la politique dans la capitale. Rares sont les études ethnographiques urbaines approfondies qui font toute leur place à l’analyse détaillée des activités et des expériences sensibles des habitants de Moscou. Mon travail a voulu rendre compte de l’énergie démocratique qui se joue en Russie et en même temps faire sentir la fragilité et la vulnérabilité des actions revendicatives. Suivant l’approche pratique des aménageurs et les urbanistes, on a rapporté la notion d’espace public à des lieux qui offrent plus ou moins de prises pour les rencontres entre inconnus et l’action revendicative. Pour toutes ces raisons, j’ai privilégié un travail de recherche hétérodoxe, long et innovant, que le prix de thèse reconnait et entend promouvoir. J’en suis honorée. L’attribution du prix peut être une étape importante dans mon acceptation dans le champ des études urbaines de terrain, qui est mon milieu de prédilection. J’aimerais continuer à y développer une approche écologique des activités distribuées et situées, qui trouvent leurs ressources dans l’espace environnant et ses modalités sensibles.

En savoir plus sur l’édition 2017 du Prix de thèse sur la ville

 
 

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