Approches critiques de la « transition énergétique » dans les sciences humaines et sociales (ACTESHS) (2016)

publié le 28 juillet 2018 (modifié le 30 juillet 2018)

Colloque : Approches critiques de la « transition énergétique » dans les sciences humaines et sociales (ACTESHS)

Collège doctoral européen, 9 et 10 juin 2016, Université de Strasbourg. Ce colloque a été soutenu par le Puca.

Programme (format pdf - 1.2 Mo - 27/04/2016)

Synthèse (format pdf - 165.4 ko - 22/11/2016)
octobre 2016, 24 p. Cote de l’ouvrage au PUCA : 1898


Le colloque Approches critiques de la « transition énergétique » dans les sciences humaines et sociales s’est tenu à l’Université de Strasbourg les 9 et 10 juin 2016. L’objectif de ce colloque était d’apporter un renouvellement des questionnements sur la « transition énergétique » et l’objet énergie dans les SHS. La production des savoirs et ses modalités étaient au centre de nos interrogations, qui peuvent être déclinées en quatre orientations distinctes :
-  interroger la notion de « transition énergétique », ce qu’elle revêt et ses diverses acceptions scientifiques ;
-  traiter la question de l’expertise : le rapport aux financeurs et l’instrumentalisation des travaux scientifiques ;
-  repenser le rapport entre consommation et production ;
-  réinterroger l’espace en tant que variable participant aux rapports sociaux et non plus comme contenant neutre.

Six sessions thématiques ont été organisées pour documenter ces orientations. 16 communications ont été retenues parmi les 48 propositions reçues (l’évaluation a été effectuée de manière anonyme, dans le but de garantir la qualité de la sélection).

La première session visait à interroger la « transition énergétique » comme projet politique à partir d’éléments de cadrage philosophique, idéologique et juridique. Les trois communications ont montré tour à tour les cadres de références possibles ou existants à partir desquels un tel processus peut être pensé puis mis en œuvre. Il s’agissait de réinterroger, en creux, la « modernité » des conceptions dominantes en la matière. Les contributions de cette session ont permis ainsi de dénaturaliser en partie le sentiment d’évidence associé au concept et à sa nécessité historique, le réinscrivant dans un mode de production politique et économique de la société contemporaine.

C’est à une « réhistoricisation » de la notion de transition énergétique et du processus censé lui être associé que la seconde session a été consacrée. Outre leur apport permettant de relativiser la « nouveauté » supposée du processus contemporain de transitions énergétiques, les contributions ont ouvert un débat riche sur les sources documentaires disponibles pour les sociohistoriens de l’énergie. L’approche diachronique s’y est trouvée consacrée comme une option indépassable pour les recherches en sciences sociales sur le thème. Les questions de la temporalité et de la problématisation des balises temporelles de la recherche sont apparues centrales.

Les troisièmes et quatrièmes sessions du colloque ont tenté de combler une perspective de recherche encore peu développée autour des transitions énergétiques. Celle-ci concerne l’examen même des outils permettant de mettre en pratique ce processus : scénarii, tarifs d’achat, autonomie énergétique, débats techniques, technologies de production… C’est à une réflexion plus microsociologique à laquelle nous ont invité les auteur.e.s. Il a principalement été montré que l’ouverture des « boîtes noires » de la transition énergétique permet de réinscrire celle-ci dans des rapports sociaux qui lui confèrent un contenu et une forme précis, parmi d’autres possibles souvent oubliés.

Les sessions cinq et six ont essentiellement contribué à réinterroger la question du territoire, si présente dans les débats sur la transition énergétique. Les contributions ont mis en évidence deux dimensions qu’il faudrait constamment inscrire, semble-t-il, à l’agenda de la recherche. Premièrement, il a été souligné que la question de la transition énergétique ne se pose pas en tout lieu de la même manière, voire qu’elle ne s’impose pas du tout parfois au sein de certaines sociétés. Cela corrobore l’idée sous-jacente au colloque du lien intime de la transition énergétique à un certain mode de production et d’organisation de la société. Deuxièmement, les contributeurs.rices se sont attaché.e.s à examiner les jeux locaux d’acteurs, mettant au premier plan l’importance de réaliser des prosopographies (ou biographie collective) des porteurs de causes en la matière. Une telle démarche permet en effet d’examiner, une fois encore, la part sociale (ou sociologique) et historique de la mise en politique d’un tel mot d’ordre et de relativiser sinon sa nécessité, du moins la forme qu’il adopte dans les faits.

Ces sessions thématiques ont été construites dans le but d’apporter par des croisements disciplinaires divers regards sur ces questionnements. L’interdisciplinarité a été une réussite (politiste, philosophe, juriste, économiste, sociologue, géographe, aménageur, historien). Cependant, on observe des difficultés à prendre de la hauteur par rapport à l’objet et à croiser les méthodes et outils d’analyse bien que l’étude des politiques publiques ait conduit à l’utilisation d’un socle de références communes en science politique (Lascoumes et Le Galès notamment). Concernant les outils, il semble nécessaire de les questionner davantage, voire de les renouveler : peu d’études statistiques ont été présentées par exemple. Ce qui nous conduit, notamment, à la question de la construction des normes en la matière, de leurs utilisations et de leur légitimation. À la suite des sessions il apparaît que la question des temporalités de la transition énergétique doit être (re)pensée, la notion de transition ne pouvant se soustraire à celle du temps et de la comparaison diachronique autant que synchronique en divers espaces.

En conclusion nous pouvons attendre de la recherche sur l’objet « transition énergétique » la mise en place d’un double retour réflexif, sur l’objet et sur le chercheur. La question des acteurs a été abordée à de multiples reprises, mais la question du chercheur en tant qu’acteur a peu été posée. Pourtant, ce questionnement du rapport qu’entretient le chercheur avec ses objets de recherche nous semble essentiel.