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La Canissat : un parc inondable pour protéger la Capelette

publié le 4 janvier 2022

Équipe mentionnée

Site : Marseille / La Capelette

Composition de l’équipe

Mandataire
Nommos (architecture, urbanisme et résilience urbaine)
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Aq(t)ua (hydraulique, désimperméabilisation, risque inondation. gestion de crise, résilience)
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La Folie Kilomètre (collectif de création en espace public)
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ATM (hydrologie urbaine, gestion des EP techniques alternatives, désimperméabilisation des sols)
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Damienne Provitolo (résilience des territoires, comportement humain en période de risque)

Contact : nommos@nommos.fr


Le paysage Capelette

Et si l’on changeait les postulats normés et prédéfinis ? Et si les architectes et les ingénieurs n’étaient plus là pour construire la ville ou contrôler l’eau, mais bien pour savoir déconstruire et conserver leur humilité face à un risque présent sur le site ? Voici l’approche que nous avons adoptée dans ce projet afin de faire entrer en résilience la Capelette : libérer l’eau en protégeant les usagers ainsi que les activités du site. Il s’agit donc de traiter la problématique in situ, sans aggraver ou repousser le risque sur l’aval comme ce serait le cas avec des digues.
Trois temporalités de projet permettent de comprendre et de s’approprier le territoire, afin de répondre à de réels besoins en s’appuyant sur les signaux faibles du site. Ces derniers sont des éléments plus ou moins visibles, qui laissent deviner des problématiques plus profondes comme la pollution de la Méditerranée et des plages Marseillaises du fait, notamment, des macro-déchets emportés par l’eau sur le territoire de la Capelette.

Faire place aux eaux débordantes
L’Huveaune était anciennement appelée Ubelka, « la rivière dévastatrice ». Chercher à canaliser une telle énergie bouillonnante est chronophage, peu économique, et souvent inutile. En revanche la libérer et lui donner de l’espace permettront de calmer ses ardeurs, au bénéfice du site.
L’ouverture de l’Huveaune se fait grâce à un grand parc urbain qui traverse le site, créant ainsi une trame verte continue depuis le parc du XXVIème centenaire, favorisant les modes doux grâce à la création de nouveaux axes de circulations et ouvrant la Capelette sur le reste du territoire Marseillais. Un tel parc présente des avantages certains : îlot de fraicheur, réduction du stress des usagers, amélioration de la qualité de l’air, meilleure infiltration de l’eau dans le sol mais nous avons tenu à lui donner un rôle supplémentaire.
En période d’inondation, le site est soumis au débordement du réseau unitaire. Ce sont donc des eaux usées diluées qui parcourent le territoire puis l’Huveaune, et se déversent ensuite dans la mer contribuant à la fermeture des plages.
Modifier le raccordement du territoire au réseau unitaire en déplaçant le déversoir d’orage permet de mieux gérer où auront lieu les futurs débordements, moins nombreux, et d’adapter ce nouveau site inondable, devenu une zone de rejet végétalisé connectée au parc. Cette zone permet de prétraiter l’eau naturellement par phyto-épuration. Un choix de plantes stratégiques, adaptées au climat Marseillais, contribue à améliorer la qualité de l’eau, mais aussi à lisser les pics de débits grâce à l’infiltration dans le sol et l’évapotranspiration. Ces plantes phyto-épuratrices se retrouvent également dans le parc, afin que la dépollution soit maximale avant le rejet dans le milieu naturel, tout en créant une continuité paysagère.

Protéger les activités
Pour entrer en résilience, les entreprises doivent être accompagnées dans des formations, des entrainements pour que lors de la crise les comportements soient rodés et ainsi limiter le risque pour les usagers.
Le remodelage du territoire s’accompagne d’un déplacement des activités pour les protéger. Il s’agit d’une étape essentielle puisque 70% des entreprises ayant subi des dommages mettent la clé sous la porte. L’architecture des nouveaux bâtiments met en valeur le patrimoine industriel de la Capelette et s’adapte au risque inondation. En effet, ils permettent le passage de l’eau, tout en mettant à l’abri le matériel et les fournitures des entreprises grâce à une étanchéité des murs sur une hauteur de 1 mètre. Grâce à cela, l’activité est pérennisée mais le site devient également attractif pour l’installation de nouvelles entreprises, développant ainsi son potentiel économique.

Conscientiser le risque
Enfin, une bonne gestion du risque passe par la culture et la compréhension de ce dernier. Dans notre projet cela passe par l’implantation de points refuges et d’un site culturel et informatif ainsi que des ateliers. Le Pitalugue sensibilise et informe les visiteurs sur la gestion du risque, les comportements à adopter, ou encore sur la phyto-épuration. Chacun peut ainsi conscientiser l’aléa et ses conséquences. L’implantation et la structure du bâtiment préservent l’histoire et le patrimoine du site grâce à la réutilisation d’un édifice vide à ce jour. Il est également le lieu d’accueil de laboratoires et de fab-lab permettant à la Capelette d’être une figure d’innovation et de recherche, une vitrine méditerranéenne sur la gestion de l’eau.
Les ateliers sont menés en amont, en parallèle et en aval du projet. Ils conscientisent le risque en faisant appel aux sensations et à la créativité sensible. Ils créent ainsi du lien social tout en éduquant et partageant les souvenirs vécus en lien avec l’eau et l’inondation, pour la construction d’une mémoire et d’une vigilance collective.


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