La gouvernance urbaine de/par l’innovation - URBINO

publié le 14 février 2019 (modifié le 7 octobre 2019)

Le PUCA a lancé, en novembre 2017, un appel à propositions de recherche portant sur la gouvernance urbaine de/par l’innovation articulé autour de deux axes d’investigation :

  • l’un global visant à préciser la nature, les enjeux et les implications de ce que nous qualifions de « nouveau régime urbain de l’innovation »
  • l’autre, d’inspiration pragmatique et davantage inscrit dans la coopération avec des porteurs de projets territorialisés, visant à mieux comprendre ce que l’on fait et ce que l’on produit lorsqu’on mène un projet « innovant », en s’appuyant sur l’expérience en cours des Démonstrateurs Industriels pour la Ville Durable (DIVD).

18 propositions de recherche ont été reçues - Appel à propositions de recherche (format pdf - 258.2 ko - 14/02/2019) . Le jury, sous la double présidence d’Hélène Peskine et de Gabriel Dupuy, s’est tenu le 22 mai 2018 et a retenu et classé cinq projets de recherche.

le programme est animé par le PUCA, en partenariat avec l’Ademe, l’Institut CDC pour la recherche et la Banque des Territoires.

Les recherches engagées

Axe 1 : Vers un nouveau régime urbain de l’innovation ?

  • Innovation, expérimentation, rationalisation. Analyse comparée des espaces collectifs d’innovation urbaine. Le cas de la métropole de Lyon. - Structure mandataire : Université de Paris Est Marne la Vallée - Responsable scientifique : Nadia ARAB, Professeure à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée - Partant du constat d’une pluralité d’espaces d’innovation urbaine sur un même territoire, l’équipe de recherche propose d’inventorier et d’explorer ces espaces. Le terrain choisi est la Métropole de Lyon en raison de son caractère pionnier dans la mise en œuvre tous azimuts d’une politique d’innovation. Cette recherche, en partant d’une analyse exhaustive des espaces lyonnais dédiés à l’innovation, des projets urbains revendiquant un caractère innovant et des espaces d’innovation inscrits dans l’administration territoriale elle-même (services dédiés à l’innovation au sein des collectivités locales), permettra de mieux cerner la gouvernance de ces espaces (quels acteurs ? Quelles interactions ? Quelles valeurs ?) et de clarifier la relation entre innovation et expérimentation. Cette dernière n’est pas évidente et derrière l’invocation à tout va de la notion d’expérimentation, comment prend-elle concrètement forme dans les espaces d’innovation ?
  • Démonstration, expérimentation, transformation : les trois régimes urbains de l’innovation - Structure mandataire : Université Grenoble Alpes - Responsable scientifique : Charles AMBROSINO et Magali TALANDIER - Les responsables scientifiques font l’hypothèse qu’il existe non pas un mais (au moins) trois types de régimes urbains de l’innovation : le régime de la démonstration, le régime de l’exploration et le régime de la transformation. Les deux premiers sont soit impulsés, soit accompagnés par les acteurs publics (et/ou privés) locaux ; le troisième au contraire émane d’initiatives individuelles ou collectives susceptibles de perturber le modèle dominant au point de faire émerger de nouvelles formes de gouvernance urbaine. Une seconde hypothèse vient se greffer sur cette première et postule que ces régimes sont « situés » et s’inscrivent dans une culture locale et territoriale de l’innovation limitant la généralisation par la reproduction de « bonnes pratiques ». Pour chacun des trois régimes identifiés, l’équipe va étudier des projets phares ou symboliques situés dans des idéaux-types territoriaux (Grenoble pour le régime de la démonstration, Nantes pour celui de l’exploration, le cas de Madrid pour celui de la transformation). La recherche entend contribuer à éclairer les différentes formes de gouvernance de l’innovation et leurs incidences sur les processus de développement territorial.
  • La gouvernance de l’innovation numérique urbaine : une exploration des « Espaces Urbains de l’Innovation Numérique (GINU) - Structure mandataire : Sciences-Po Bordeaux - Responsables scientifiques : Gilles PINSON et Andy SMITH- Enfin, la question de l’innovation urbaine est souvent corrélée à celle du numérique. Gilles Pinson et Andy Smith, directeurs de recherche à l’IEP de Bordeaux, explorent les « Espaces Urbains de l’Innovation Numérique ». Ceux-ci sont définis comme l’ensemble des dispositifs (French Tech, circuits de financement, formes de collaborations entre les acteurs publics et privés etc.) et des espaces (Living Labs, tiers lieux, cité/quartier numérique, etc.), impliquant les acteurs des collectivités, les start-ups, les entreprises du numérique mais aussi les entreprises de services urbains « classiques » et visant à favoriser l’innovation numérique. Ils font l’hypothèse que ces « espaces urbains de l’innovation numérique » ne sont pas nécessairement des espaces d’« abandon de souveraineté » des gouvernements urbains au profit des seuls opérateurs privés. Au contraire, selon eux « laisser expérimenter », « laisser innover » ne conduirait pas aux « laisser faire » mais à de nouvelles formes de régulation. Il y aurait ainsi, c’est la seconde hypothèse qu’ils vont tester, trois manières « d’utiliser les start-ups » : pour générer de l’innovation transposable au service urbain ; pour bénéficier d’un transfert de compétences ; pour limiter l’accès des « big players » aux marchés urbains. Ceci varierait d’une ville à l’autre du fait de l’intervention de variables indépendantes exigeant ainsi une approche comparative. Les cas de Bristol et de Bordeaux feront l’objet d’études de cas approfondies.

Axe 2 : Une analyse pragmatique de l’innovation urbaine : le cas des démonstrateurs industriels pour la ville durable

  • Acteurs et conduite du projet de smart city sur le territoire de Rennes Métropole : l’exemple de la plateforme 3DEXPERIENCECITY Virtual Rennes - Structure mandataire : Université Rennes 2 - Responsable scientifique : Hélène BAILLEUL - L’équipe de recherche de l’Université de Rennes 2 s’intéresse au projet de smart city sur le territoire de Rennes Métropole à travers l’exemple de la plateforme 3DEXPERIENCECITY Virtual Rennes.qui participe avec des partenaires privés à la mise en œuvre d’un « Service Public Métropolitain de la Donnée » et d’une gestion déclarée « innovante » du territoire. L’enjeu de la recherche est de comprendre quelles formes prennent les innovations tant du point de vue de la gouvernance que de la transformation des organisations. L’équipe fait l’hypothèse, concernant le processus d’« entrée en innovation » du territoire rennais, du caractère accélérateur plus que réorienteur des appels à projet de l’Etat (et notamment le DIVD) marqué par une dépendance au sentier initial. Plus encore, plutôt que de chercher un pilote, c’est l’hypothèse d’une « smart city distribuée » qui sera testée afin de mettre en lumière la nécessaire coordination des acteurs (publics, privés, académiques, citoyens) pour une « montée en compétences » effective.
  • Gérer la gare post-carbone - Structure mandataire : Mines Paris Tech - Responsable scientifique : Daniel FLORENTIN - Enfin, Daniel Florentin étudie les capacités de projets urbains innovants à intégrer les principes d’un développement post-carbone et à participer à une production urbaine alternative, plus soucieuse des enjeux environnementaux. Il s’appuie pour cela sur l’étude approfondie d’un dispositif particulier, le DIVD de la gare de Fontainebleau-Avon, seule gare lauréate de ce concours. La recherche vise à démontrer que les dispositifs d’expérimentation urbaine type DIVD créent de nouveaux modèles économiques de la production urbaine dont les effets sociopolitiques et urbains peinent à être appréhendés. Dans les territoires connaissant des formes de décroissance urbaine (faiblesse économique et démographique en l’occurrence pour le territoire du pays de Fontainebleau), les dispositifs d’innovation urbaine comme les DIVD sont des outils dérogatoires qui pourraient avoir un effet structurant sur la redynamisation du territoire, mais qui sont insuffisamment appropriés par les pouvoirs publics locaux et, de ce fait, insuffisamment régulés. L’un des objectifs du projet est ainsi d’outiller les pouvoirs publics pour permettre de mieux accompagner les porteurs de projets innovants.
  • Dernière recherche soutenue dans le cadre de ce programme, celle menée par Rémi Manesse, responsable du développement des partenariats de la COMUE de Paris-Est Marne-la-Vallée au sein de l’équipe ISite-Future et doctorant. Dans le cadre de sa thèse, il se propose d’étudier les formes de rapprochement entre promoteurs immobiliers et établissements d’Enseignement Supérieur et Recherche (ESR) et leurs conséquences tant sur la fabrique urbaine que sur la nature des innovations produites. Témoin et acteur de ce rapprochement suscité par une demande “d’innovation urbaine” de plus en plus prégnante de la part des pouvoirs publics (à travers notamment des appels à projets), le chercheur propose d’en examiner les mécanismes, les implications et les conséquences sur trois sites dont l’un au moins implique un DIVD. Qu’attendent les acteurs de la promotion immobilière du monde scientifique ? Quels sont les domaines et les acteurs approchés ? Avec quels effets ? L’engagement des ESR constitue un autre élément de cette dynamique. Rencontre-t-il cette demande ? Y répond-t-il ?

Responsables de l’action : François Ménard, Bertrand Vallet
Chargée de valorisation : Bénédicte Bercovici

On en parle dans la presse :

Gouverner l’innovation et gouverner par l’innovation : quels enjeux pour les villes ?- Construction21, juin 2019