Séminaire Ville intelligente 2 - séance 3 : Transparence généralisée, filtrage ou déformation : ce que le big et l’open data donnent à voir de la ville - 19 septembre 2017

publié le 12 octobre 2017

Avec l’idée de ville intelligente, la multiplication et la mise en visibilité des données issues de différents capteurs et de différentes sources administratives, sont associées des figures idéalisées de totale visibilité et transparence. Celles-ci prennent des formes différentes : modèle cybernétique (autorégulation technique de toutes les fonctions urbaines), modèle statistiques (les données « parlent » sans que l’on n’ait plus à émettre d’hypothèse), modèle économiciste (la diffusion généralisée de toutes les informations de marché permet un équilibre économique optimal), ou de démocratie participative (l’accès de tous les citoyens à toutes les informations dans une démocratie généralisée et instantanée). A ces images idéalisées de visibilité ont été dès l’origine opposées des critiques qui voient l’enfer dans ce paradis de la visibilité généralisée, les plus classiques étant la mise en cause possible des libertés, la commodification généralisée, autrement dit la transformation de tout ce qui constitue notre vie en séquences ou unités discrètes, susceptibles d’une valorisation marchande.
Cette représentation d’une circulation généralisée et ouverte de la donnée ne résiste pas à un suivi fin des conditions de production de ces données. Les capteurs ne sont pas partout (les téléphones portables sont concentrés dans les zones urbaines), les données administratives dépendent des objectifs pratiques de leur production. Certains faits répétitifs saturent alors que d’autres, plus rares, échappent (saisir des régularités de comportement sur l’achat de pots de yaourt est plus facile que sur les homicides). Les bases ne s’interconnectent pas nécessairement (un fichier adresse et une base GPS par exemple). Certaines données que l’on souhaite rendre publiques sont associées à des données que l’on souhaite protéger… La donnée « brute » semble ainsi souvent une construction a posteriori et pas le gisement ouvert à tous.
En suivant ainsi les conditions pratiques de production de ces données dans ce que l’on saisit tantôt sous l’angle de l’open data tantôt sous celui du big data et parfois sous cette double appellation, l’objectif de la séance est d’ouvrir la question de ce qui échappe à cette mise en visibilité généralisée, d’examiner les filtres et déformations de l’information qui en résultent (ou qui y procèdent) et enfin de discuter des conséquences, sociales et politiques d’une part et épistémologiques et pratiques d’autre part, des mécanismes observés.

En savoir plus sur l’action Ville Intelligente

Introduction

Les données urbaines à l’ère du numérique : émergence d’une nouvelle dimension territoriale

La peau numérique de la ville : enjeux algorithmiques

Du gisement à la coproduction : travailler les données de la ville