Comment les agriculteurs arrivent-ils à vivre en ville ? Le cas de Bobo Dioulasso, Burkina Faso

publié le 21 novembre 2014 (modifié le 9 janvier 2015)

Peut-on décaler le regard sur la ville et entrer, non par l’analyse des activités dites urbaines mais par celle des activités agricoles et de ceux qui les pratiquent ? C’est l’exercice auquel s’est livrée Ophélie Robineau dans sa thèse de doctorat. Son questionnement est le suivant : l’agriculture s’est bel et bien développée au cœur de Bobo Dioulasso, au Burkina Faso et elle y est pratiquée par une multitude d’acteurs, sous diverses formes, en dépit d’une pression foncière forte. Comment les agriculteurs arrivent-ils à maintenir une activité viable dans un milieu qui ne leur est a priori pas favorable et dans un contexte d’expansion urbaine ?
L’agriculture doit ici son existence à un entremêlement entre formel et informel impliquant de nombreux arrangements entre acteurs. Les agriculteurs font en effet preuve de capacités d’adaptation et de négociation avec les autorités et les voisins pour accéder aux ressources qui leur font défaut (terre, moyen de transport, intrants, etc.). De leur côté, administrations et élus peuvent être amenés à contourner les règles en fonction de préoccupations économiques, sinon électoralistes.
Quels qu’ils soient, les arrangements exigent des relations de confiance, ouvrant parfois la possibilité de pratiques interdites. Et ce sont eux qui intègrent les activités agricoles à l’écosystème urbain, les engageant plus fortement sur la voie de la pérennité. Le meilleur exemple en est le réseau d’approvisionnement créé autour de l’accès à la fumure pour les maraîchers et à l’alimentation pour les éleveurs qui sert à la gestion des déchets issus des activités urbaines. En ce sens, l’agriculture urbaine participe à la durabilité de la ville aussi bien d’un point de vue économique (en générant des revenus et approvisionnant la ville), social (en luttant contre la pauvreté) que technique et environnemental (en recyclant les déchets). Loin d’être un vestige du passé, elle se présente comme un moyen de construire l’urbanité africaine contemporaine.