« Le logement des « travailleurs essentiels », témoin des nouvelles articulations entre travail et logement au cœur de la « ville productive » »

publié le 3 septembre 2021

« Le logement des « travailleurs essentiels », témoin des nouvelles articulations
entre travail et logement au cœur de la « ville productive » »

Jules-Mathieu Meunier

  Equipe de recherche

Jules-Mathieu MEUNIER, docteur en urbanisme, aménagement et politiques urbaines

  Objectifs de la recherche

Le projet de recherche porte sur le logement des « travailleurs clés » ou « essentiels. Cette notion désigne des actifs dotés d’un pouvoir d’achat limité alors qu’ils occupent des postes essentiels au fonctionnement des villes. Elle sous-tend une approche de l’action publique locale qui vise à répondre aux problèmes d’accès au logement et de mobilités quotidiennes auxquels ces publics sont confrontés, mais aussi à renforcer l’attractivité de secteurs d’activité dans lesquels les employeurs peinent de manière chronique à pourvoir à leurs besoins de recrutement faute de candidats. Née au Royaume-Uni où des politiques en faveur du logement des key workers ont été mises en œuvre dans le Grand Londres dès la fin des années 1990, cette notion a émergé dans les années 2010 au sujet de l’Ile-de-France via un programme d’études réalisées par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) à la demande de la préfecture de région.
Cette notion, dont on peut estimer que son apparition sur la scène de la politique du logement n’a pas suscité à ce jour de réponses adaptées, bénéficie d’un éclairage nouveau à la faveur de la crise sanitaire. Cette crise peut en effet être perçue aujourd’hui comme ouvrant une fenêtre d’opportunité pour l’élaboration de politiques spécifiques en faveur des « travailleurs clés », ceci pour deux raisons principales. D’un côté, elle engendre une prise de conscience accrue des difficultés auxquelles certaines catégories de travailleurs essentiels sont confrontées dans leur vie de travail et/ou au regard de leurs conditions de logement, ainsi que des risques qui en découlent en période de crise pour la continuité de l’activité économique et la préservation de notre système de santé. De l’autre, elle a amorcé, ou semble en passe d’amorcer – le diagnostic inclut immanquablement une composante spéculative dans ce contexte aussi inédit qu’incertain –, des dynamiques susceptibles de recomposer en profondeur certains champs et de renouveler en partie les leviers mobilisables au service de l’intervention sur le logement (immobilier de bureau, segment de l’offre locative louée à des touristes sur des plateformes numériques).
Cette recherche exploratoire visera à améliorer la connaissance sur le logement des travailleurs clés et à identifier le problème public renfermé dans cette notion, c’est-à-dire les raisons pour lesquelles elle apparaît constituer aujourd’hui une catégorie pertinente de l’intervention sur le logement.

  Les territoires de la recherche

Si l’Ile-de-France et le Grand Londres sont les territoires privilégiés de cette recherche en raison de l’antériorité de la réflexion et de l’acuité du problème public, cela n’interdira pas d’examiner la manière dont cette question se pose dans d’autres territoires français en interviewant des responsables du logement au sein de quelques collectivités locales.

  La méthode

Il s’agira d’identifier concrètement les besoins d’intervention dont on parle quand on parle de logement des travailleurs essentiels, ainsi que les formes d’interventions susceptibles de constituer des réponses adéquates à ces besoins. Deux axes de recherche seront privilégiés :
• Un retour sur l’expérience britannique et sur le programme d’études réalisé en Ile-de-France ;
• Une enquête monographique visant à saisir la manière dont la question du logement des travailleurs essentiels est prise en charge à l’échelle d’une entreprise, d’une administration ou d’un établissement public confronté de longue date à cette question.

Le premier axe de l’enquête visera à saisir, dans le cas du Grand Londres comme dans celui de l’Ile-de-France, les raisons pour lesquelles les autorités publiques ont fait le choix à un moment donné de se saisir de la question des travailleurs clés, les critères définis pour identifier les profils visés et délimiter la catégorie, les politiques élaborées en réponse au problème (dans le cas britannique), ainsi que les motifs expliquant l’interruption de l’expérience au bout de quelques années. Les méthodes de recherche et les sources mobilisées dans cet axe seront de deux types : recherche bibliographique et réalisation d’entretiens semi-directifs auprès des acteurs concernés. Cet axe inclut aussi une réflexion collective avec les acteurs concernés afin de travailler à la construction de la catégorie des « travailleurs clés » à partir du problème public qui se pose en Ile-de-France. Cette réflexion aura lieu dans le cadre d’un séminaire organisé sur le second semestre de l’année 2021.

Le but du second axe de l’enquête sera de produire, à partir d’une étude de cas (entreprise privée, administration ou établissement public), des éléments de connaissance propres à asseoir une approche « travailleurs clés » dans le contexte francilien du début des années 2020. Pour cela, la recherche consistera à documenter tout à la fois la situation des travailleurs essentiels au regard du logement (difficultés rencontrées par les personnes pour se loger, conséquences résultant de ces difficultés au niveau de leur vie professionnelle et de leur vie quotidienne, dysfonctionnements produits par cette situation à l’échelle de l’établissement et/ou du territoire), les interventions élaborées par l’employeur – seul ou avec l’aide d’un tiers – en réponse à ces dysfonctionnements, les modalités de ces interventions (catégories ciblées, objectifs poursuivis, outils mobilisés) ainsi que leur portée (résultats obtenus, freins ou obstacles rencontrés). La recherche reposera sur la réalisation d’entretiens semi-directifs auprès de trois catégories d’interlocuteurs : les travailleurs concernés par le problème, les responsables en charge de l’intervention de l’employeur, les acteurs économiques ou institutionnels potentiellement concernés par cette intervention (collectivités en charge des politiques locales de l’habitat, opérateurs et/ou financeurs du logement, branche professionnelle, acteurs du dialogue social territorial, etc.).