Questionner le verrou du programme - L’Université foraine de Clermont-Ferrand, La Gauthière

publié le 1er juillet 2015

« Questionner le verrou du programme : celui qui fige tout avant même que le projet commence ». La problématique a été testée in situ par l’équipe de Patrick Bouchain à la Gauthière, près de Clermont-Ferrand, pendant l’année 2014. Cette dernière a été associée à une phase intermédiaire de la rénovation du quartier. Suite à la démolition de 3 tours et d’un centre commercial, la ville dispose d’un vaste terrain actuellement inoccupé. Le programme initial de rénovation s’étant heurté à une forte opposition des habitants de la Gauthière, l’équipe municipale a souhaité co-construire avec les habitants les éléments du programme d’équipement pressenti (pôle petite enfance, pôle médical, pôle info-service au sein d’un large espace paysager à vocation de parc promenade).
Son idée est de venir enrichir l’esquisse de programme grâce à une enquête de terrain alternative, donnant voix aux moins audibles. L’expérimentation prend ainsi le contrepied des processus classiques d’aménagement : elle tient à s’éloigner de la figure de l’expert distant et du modèle de la réunion publique présentant des scénarios déjà établis aux habitants. A contrario, le tissage de relations est au cœur de la démarche proposée : les deux conceptrices en charge opérationnelle du projet résident et travaillent sur le site. « Habitantes (presque) comme les autres », elles recueillent la parole de la population de maintes façons, formelles et informelles : observations, permanences fixe et mobile, rencontres publiques thématisées sur des sujets de société, réseaux numériques, etc. Elles mobilisent autour de l’expérience un grand nombre d’acteurs, parties prenantes du projet ou autres. Elles sollicitent aussi des regards extérieurs et en viennent à établir un diagnostic atypique, tiré de la fréquentation suivie des lieux et des individus, présentée comme l’amorce d’une réappropriation collective de la ville.
La démarche pratiquée depuis de nombreuses années par l’Université Foraine (et l’association qui la porte, Notre Atelier Commun) est-elle en passe de faire désormais école ? On observe une multiplication des collectifs d’architectes et d’urbanistes revendiquant une pratique alternative de la conception urbaine, un objectif de prise en compte des attentes des habitants et l’organisation d’évènements singuliers comme outils de programmation. L’expérience clermontoise révèle de fait la valeur-ajoutée de ce type de démarches, la question de son modèle économique et donc de sa reproductibilité restant posée.