L’international comme ressource et contrainte des modes de faire la ville-cité

publié le 13 juillet 2016 (modifié le 1er février 2018)

La période contemporaine est marquée par un processus, inédit par son ampleur et sa profondeur, de mondialisation économique, politique, culturelle, environnementale…Cette « troisième mondialisation », qui repose sur l’intensification des circulations de biens matériels, de flux financiers, de personnes, mais aussi d’imaginaires, de représentations, de normes et modèles sociaux, contribue à la mutation du rapport des sociétés à un espace désormais planétaire (en tout cas plus que jamais planétarisé) et entretient en particulier des relations étroites d’interdépendance avec l’urbanisation, autre processus majeur à l’œuvre.

Face (la plus) visible de cette mutation, la métropolisation a été amplement étudiée dans ses processus comme dans ses résultats. Mais les effets de la mondialisation sur l’urbanisation des espaces, des économies et des sociétés sont plus divers et touchent tous les niveaux de la hiérarchie urbaine. « Nouvelles » géographies de l’innovation, migrations internationales, circulation des modèles culturels, développement du tourisme, essor d’acteurs transnationaux de la fabrique urbaine (capitalisme urbain), intensification des formes de concurrence entre villes, liens entre urbanisation et changements environnementaux planétaires… concourent à des transformations profondes du fait urbain dans toutes ses dimensions.

Le parti pris adopté dans ce programme de recherche est d’explorer l’international comme espace de contraintes, d’opportunités et de ressources pour le développement et le gouvernement des villes (c’est-à-dire les tenants et aboutissants de l’action internationale des villes entendue au sens large), en retenant comme analyseur privilégié les modalités contemporaines de la fabrique urbaine dans ses dimensions culturelles et imaginaires, matérielles et technologiques, économiques et financières, politiques et sociales. In fine, il s’agira d’explorer l’hypothèse d’une internationalisation croissante de la fabrique matérielle de la ville, en faisant appel aux travaux et aux cadres d’analyse de la science politique, de la géographie, de l’économie, du planning…

Le programme de recherche, mené par le Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés LATTS de l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée en partenariat avec le PUCA, s’organisera autour de 4 axes d’investigation :

1. La mise en visibilité internationale des villes : être sur la carte du monde
2. La production d’une ville néo-libérale
3. La ville et les migrations
4. L’action internationale des villes et le changement climatique

Responsable PUCA : Lionel Martins
Responsables LATTS : Olivier Coutard, Christian Lefèvre
Comité scientifique : Eric Charmes, Hadrien Dubucs, Cyria Emelianoff, Ludovic Halbert, Nicolas Maisetti, Gilles Pinson

Contact : Lionel Martins


Résultats de l’action

Cycle de séminaires (en anglais)

L’une des modalités principales de fonctionnement du programme de recherche sera un ensemble de séminaires/conférences.

>Séminaire de lancement du programme de recherche - 23 septembre 2016 :

Ce programme est lancé par une journée d’étude transversale aux 4 axes de recherche dans laquelle des questions générales seront discutées. Sur la base des discussions à cet atelier de lancement, les thèmes des séminaires thématiques suivants seront approfondis.

>>En savoir plus sur le programme du séminaire : Internationalising cities program septembre 2016 (format pdf - 955.7 ko - 04/11/2016)
>>Lire la synthèse écrite en anglais Internationalizing cities minutes workshop septembre 2016 (format pdf - 1.1 Mo - 04/11/2016)
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>Séminaires thématiques :

  • La mise en visibilité internationale des villes : être sur la carte du monde, 25 novembre 2016 - En savoir plus

La compétition que se livrent les villes entre elles passe par un renforcement de leur image internationale. On s’intéressera à l’impact de différentes modalités de mise en visibilité : la labellisation internationale (patrimoine mondial, etc.), la candidature (réussie ou non) à des grands événements (J.O., Capitale Européenne de la culture, etc), les classements internationaux des villes, etc. Les investigations porteront à la fois sur les questions de gouvernance que cette action internationale induit (qui porte les projets ?), ses enjeux/effets économiques (tourisme, salons, congrès professionnels…), leur expression matérielle (les projets urbains et d’équipements, les orientations du développement urbain que cette labellisation produit, etc.) et leurs enjeux socio-politiques (quels intérêts sont à l’œuvre ? quelles conséquences sur les sociétés urbaines ?). Une mise en perspective historique permettra de relativiser le caractère de nouveauté de cette action internationale des villes au plan quantitatif (importance relative des ressources associées ou consacrées à l’action internationale par rapport à d’autres domaines d’action) comme au plan qualitatif (nature et modalités des actions conduites).
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  • La production d’une ville néo-libérale, 3 février 2017 - En savoir plus

La thèse de la néolibéralisation de la gestion et du gouvernement urbains fait l’objet d’un débat dans le monde académique et professionnel depuis une bonne vingtaine d’années. Cette thèse soutient que serait à l’œuvre, de manière différenciée selon les villes mais néanmoins générale, une « restructuration sélective de l’intervention publique prenant la forme d’un renforcement des dynamiques marchandes dans la régulation des espaces urbains » sous diverses formes : dérégulation, entrepreneurialisme, montée du secteur privé, traitement différencié de l’espace urbain. Il s’agira de s’interroger sur la production de cette ville néo-libérale. Y a-t-il un modèle général de la ville néolibérale, dont la logique s’imposerait dans l’espace mondial et orienterait l’ensemble des dynamiques de changement à l’œuvre ? Par exemple, la « smartification » de la gestion urbaine (ne) doit-elle être analysée (que) comme un cheval de Troie de la logique néolibérale ? Ou cette hégémonie doit-elle être réfutée au profit d’une vision pluraliste, soit que des modèles alternatifs coexisterait avec un modèle néolibéral, soit que la dynamique de néolibéralisation ne soit qu’une dimension, pas nécessairement dominante, des modèles de gouvernement urbain ? Comment ces modèles circulent-ils ? Par qui ? Pour quoi ? Au profit de qui ? Assiste-t-on tendanciellement à une homogénéisation ou au contraire une différenciation interurbaine des modèles de gouvernement ? Nous examinerons ces questions au travers de deux prismes :
– Qui a le pouvoir dans la ville aujourd’hui ? Assiste-t-on au « pilotage » des villes par des alliances entre le monde privé et le monde politique (l’État et les pouvoirs élus locaux) ? Quel est le poids des firmes globales dans ce « pilotage » ? Quel est le rôle de l’État ?…
– Qu’est-ce que le pouvoir urbain produit en termes de fabrique matérielle de la ville ? Quel est le contenu des projets urbains, des projets de développement et d’aménagement ? Le processus de financiarisation produit-il des villes spécifiques dans la spécialisation de l’espace, sa ségrégation ? Quels sont la place et le rôle des discours, modèles et stratégies de smart cities dans ce contexte ?…
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Depuis plusieurs décennies, les villes européennes se développent en partie grâce aux migrations, notamment celles provenant de l’extérieur de l’Europe. Ce phénomène a d’ailleurs une histoire plus longue dans d’autres régions du monde (cf. l’exemple emblématique du développement de New York). Plus immédiat, ce qu’on appelle aujourd’hui la « crise des migrants » renvoie à une mutation profonde de la donne géopolitique planétaire susceptible d’affecter durablement le développement urbain européen. C’est pourquoi la question des migrations internationales et de ses effets sur la fabrique et le gouvernement urbains mérite une investigation qui pourrait être abordée selon au moins deux entrées.

La première concerne les migrations comme ressource pour les villes, notamment en termes de développement économique. Or les villes ne réagissent pas toutes de la même manière face à ce phénomène. Certaines comme Londres ou Turin y voit une chance de développement et affichent des politiques ciblées en la matière. D’autres, les plus nombreuses, ne s’en préoccupent pas. Quelles sont les stratégies et politiques publiques que certaines villes mettent en œuvre pour « profiter » de l’installation de migrants sur leur territoire ? Quels migrants ciblent-elles (exemple des actions en faveur des PME indiennes et pakistanaises à Londres) ? Assiste-t-on à une réflexion/action internationale des villes dans ce domaine (réseaux de villes, conférences, groupes de travail, etc.) ? Quelle est la place des migrants internationaux dans la dynamique de « mondialisation (économique) par le bas » (par rapport aux entrepreneurs transnationaux notamment) ?

La seconde considère la manière dont les mouvements migratoires de grande ampleur concourent à la transformation ou au développement des espaces urbanisés. La notion d’ « arrival city » a notamment été proposée pour désigner les « villes potentielles » que constituent les lieux d’établissement des migrants au cœur ou en périphérie des villes. Quelles sont les spécificités et les enjeux de ces espaces en termes de dynamiques de développement, de gestion quotidienne, de politiques publiques, d’articulation avec le reste de la ville et des sociétés urbaines ?
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  • L’action internationale des villes et le changement climatique, 29 mai 2017 - En savoir plus

Les changements environnementaux planétaires, et au premier rang d’entre eux le changement climatique, font l’objet de mobilisations multiples de la part des autorités publiques comme de la société civile. Ces mobilisations s’expriment à diverses échelles (« du local au global ») ainsi que de manière transnationale. Les gouvernements des régions urbaines sont particulièrement mobilisés et développent des stratégies énergético-climatiques, qui sont déclinées dans un ensemble de secteurs de politiques publiques (transports, logement, infrastructures énergétiques, aménagement urbain…). Quels instruments les villes produisent-elles pour s’attaquer à la question du changement climatique ? Quelles sont les influences réciproques entre les stratégies développées dans différentes régions urbaines ? Que peut-on dire des dynamiques de circulation transnationale et d’appropriation de modèles, de réglementations, de normes, de techniques, d’expérimentations… ? Quels sont les effets de ces dynamiques sur la fabrique urbaine ?
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>Séminaire/bilan de travail (semi-fermé, sur invitation) : 27, 28 juin 2017

>Conférence finale de présentation des résultats de recherche : 12-13 avril 2018
En savoir plus sur le colloque L’internationalisation des villes au (début) du 21ème siècle : Enjeux, processus, stratégies