Le Quatre Pages

 

Sous une forme numérique, Le Quatre pages est destiné à jouer un rôle d’alerte au regard des principaux résultats ou enseignements de recherche, essentiellement ceux réalisés dans le cadre de programmes incitatifs initiés, financés et pilotés par le PUCA.
Les données et les analyses présentées, sauf mention contraire, proviennent des rapports de recherche rédigés par les chercheurs. La sélection et leur mise en perspective n’engagent en revanche que le PUCA.

Coordination : Bertrand Vallet

ISSN : 2427-8912 (imprimé)

 
 
 

Questionner le verrou du programme - L’Université foraine de Clermont-Ferrand, La Gauthière

publié le 1er juillet 2015

« Questionner le verrou du programme : celui qui fige tout avant même que le projet commence ». La problématique a été testée in situ par l’équipe de Patrick Bouchain à la Gauthière, près de Clermont-Ferrand, pendant l’année 2014. Cette dernière a été associée à une phase intermédiaire de la rénovation du quartier. Suite à la démolition de 3 tours et d’un centre commercial, la ville dispose d’un vaste terrain actuellement inoccupé. Le programme initial de rénovation s’étant heurté à une forte opposition des habitants de la Gauthière, l’équipe municipale a souhaité co-construire avec les habitants les éléments du programme d’équipement pressenti (pôle petite enfance, pôle médical, pôle info-service au sein d’un large espace paysager à vocation de parc promenade).
Son idée est de venir enrichir l’esquisse de programme grâce à une enquête de terrain alternative, donnant voix aux moins audibles. L’expérimentation prend ainsi le contrepied des processus classiques d’aménagement : elle tient à s’éloigner de la figure de l’expert distant et du modèle de la réunion publique présentant des scénarios déjà établis aux habitants. A contrario, le tissage de relations est au cœur de la démarche proposée : les deux conceptrices en charge opérationnelle du projet résident et travaillent sur le site. « Habitantes (presque) comme les autres », elles recueillent la parole de la population de maintes façons, formelles et informelles : observations, permanences fixe et mobile, rencontres publiques thématisées sur des sujets de société, réseaux numériques, etc. Elles mobilisent autour de l’expérience un grand nombre d’acteurs, parties prenantes du projet ou autres. Elles sollicitent aussi des regards extérieurs et en viennent à établir un diagnostic atypique, tiré de la fréquentation suivie des lieux et des individus, présentée comme l’amorce d’une réappropriation collective de la ville.
La démarche pratiquée depuis de nombreuses années par l’Université Foraine (et l’association qui la porte, Notre Atelier Commun) est-elle en passe de faire désormais école ? On observe une multiplication des collectifs d’architectes et d’urbanistes revendiquant une pratique alternative de la conception urbaine, un objectif de prise en compte des attentes des habitants et l’organisation d’évènements singuliers comme outils de programmation. L’expérience clermontoise révèle de fait la valeur-ajoutée de ce type de démarches, la question de son modèle économique et donc de sa reproductibilité restant posée.


 

Vivre en ville dans l’Entre-villes : l’exemple du « Carré Picard »

publié le 29 mai 2015

Très loin des visions négatives ou condescendantes qui considèrent les espaces périurbains ou ruraux comme un état « immature » de la Ville, les auteurs de cette recherche mettent en évidence le caractère spécifique des territoires d’urbanisation dispersée – qualifiés à la suite d’« Entre-villes » - et des pratiques qu’ils accueillent. A partir de l’exemple du « Carré Picard », quadrilatère géographique situé entre les villes de Saint-Quentin, Soissons, Compiègne et Laon, la recherche met en évidence les spécificités propres à ces espaces qui se manifestent notamment dans les rapports entre urbanisation et mobilités.
L’observation de la configuration spatiale héritée du rural remet en cause la notion d’ « étalement urbain ». C’est, de fait, une multiplicité de petits agrégats urbains – hameaux, bourgs, villages, petites villes - distants les uns des autres d’un peu plus d’un kilomètre, qui caractérise cette urbanisation. Dans cette configuration spatiale, les courtes distances demeurent la règle pour les déplacements domicile-travail car les emplois sont dispersés au même titre que l’habitat et se situent encore fréquemment à proximité de celui-ci.
De plus, les chercheurs constatent l’émergence de mobilités alternatives au « tout-automobile ». Covoiturage, autopartage, commerces ambulants, croissance des déplacements en vélo, sont autant de nouvelles pratiques qui se manifestent dans ces espaces.
La comparaison des outils de planification portant sur l’articulation entre politiques de transport et stratégies d’aménagement révèle toutefois de grandes différences entre la Picardie et la Franconie, région allemande étudiée dans la deuxième recherche. C’est ainsi qu’en Allemagne le recours à des outils très coercitifs en termes d’usage des sols joue un rôle déterminant.
Une volonté d’assurer une plus grande adhérence de l’urbanisation nouvelle au réseau ferroviaire est également observable dans ce pays.


 

Mixité fonctionnelle versus Zoning : un renouvellement du débat ?

publié le 19 mars 2015 (modifié le 14 mars 2016)

Mixité urbaine, diversité des fonctions, mixité des usages : l’injonction à la mixité fonctionnelle est présente en France depuis plusieurs décennies, devenant un objectif majeur des politiques urbaines, depuis la LOV de 1991 jusqu’à l’appel à projets d’écoquartiers. Historiquement, cette mixité des fonctions correspond à une critique de l’urbanisme « fonctionnaliste » qui faisait de la séparation des fonctions le principe ordonnateur de la ville moderne. Cette critique s’est longtemps inscrite dans un débat opposant les conceptions culturalistes aux tenants du fonctionnalisme. Progressivement, c’est au nom même de l’efficacité fonctionnelle de la ville, face aux phénomènes d’enclavement économique et social mais aussi de congestion, que la séparation des fonctions a été remise en cause. Aujourd’hui, c’est dans la perspective de réduire la distance entre l’habitat et le lieu de travail, dans la recherche d’une ville verte aux courtes distances et au métabolisme resserré que cette mixité est évoquée.
Mais parallèlement à cette tendance, les stratégies métropolitaines semblent privilégier les regroupements de l’activité économique dans des pôles spécialisés, clusters compétitifs et attractifs liés à l’économie de la connaissance. Dans le même temps toujours, les marchés de l’immobilier continuent à présenter une offre segmentée en fonction de cibles spécifiques (bâtiments tertiaires, logements, commerces…) favorisant leur regroupement dans des espaces dédiés. Comment aujourd’hui cerner les enjeux qui se dessinent dans ce paysage aux tendances en apparence contradictoires ? Quid des échelles d’appréhension de la question ? Quel est le rôle des outils de l’aménagement ou de la promotion privée ? Quels sont les résultats observables des approches qui revendiquent l’introduction de la mixité fonctionnelle ? Enfin, habitants, salariés et entreprises, de par leurs stratégies, ne pèsent-ils pas également dans cette équation ?


 

Retombées socio-économiques des aménités culturelles et naturelles dans les territoires

publié le 16 février 2015

Le patrimoine, un climat, un paysage, mais aussi l’existence d’activités culturelles ou récréatives sont souvent évoqués pour caractériser la qualité de vie d’un lieu. Ces agréments ou aménités constituent de véritables ressources locales. A quelles conditions sont-ils des moteurs d’attractivité touristique ou résidentielle assez puissants pour amorcer ou renforcer le développement local ? Cette question n’est pas sans importance pour l’avenir de nos territoires, souvent richement dotés.Pour tenter de répondre à cette question, le PUCA a demandé à Magali Talandier (L’OEIL) d’analyser les interactions entre les diverses aménités et les dynamiques socio-économiques présentes dans les territoires suivant une typologie à construire. L’analyse apporte des éléments nouveaux de compréhension des facteurs du développement territorial, des métropoles aux espaces ruraux pour la France métropolitaine. Un modèle de développement est identifié selon trois types de territoires :

1.Les grands pôles urbains où l’évolution démographique, l’attractivité migratoire et la croissance des emplois résidentiels et productifs sont d’autant plus soutenues que ces pôles bénéficient d’un environnement agréable ;

2. Les espaces ruraux où les bases résidentielles,touristiques sont des moteurs économiques mais où des inégalités sociales apparaissent ;

3. Les petits et moyens pôles urbains sensibles à la présence d’aménités paysagères pour le volet résidentiel, touristique et présentiel de leur économie, sans que l’activité productive ne suive pour autant. Ces travaux ouvrent des pistes de recherche et d’action pour définir et gérer au mieux de réels enjeux économiques, sociaux et environnementaux pour nos métropoles, mais aussi pour les autres territoires, les ressources patrimoniales des lieux semblant être l’une des clés de voute d’un« nouveau » modèle économique en construction.


 

Du bon usage de la simulation énergétique des villes

publié le 27 novembre 2014 (modifié le 3 août 2015)

Comment atteindre le facteur 4 en 2050 ? Faut-il chercher à densifier la ville ? Quelles problématiques énergétiques auront le plus d’impact dans un futur au climat changeant ?
Les réponses apportées par les récents travaux de recherche dans le champ de l’énergétique urbaine sont diversifiées et pour certaines d’entre elles connues : il semble tout d’abord nécessaire d’enclencher d’ambitieuses politiques de rénovation énergétique des bâtiments existants. Les nouvelles constructions seules, même très performantes, ne permettront pas de réduire significativement les consommations énergétiques, alors qu’enclencher une rénovation annuelle de 1 % du parc immobilier pour le logement et 3 % pour le tertiaire économiserait 50 % des consommations de chauffage. Il est également nécessaire de fournir des efforts supplémentaires sur la production d’énergies décarbonées. De plus, planifier des formes urbaines compactes intégrant des éléments végétaux s’avère une stratégie efficace dans la maîtrise du climat urbain.
Ces résultats offre une réponse au paradoxe énergétique urbain : une densité et une compacité raisonnées ne semblent en effet pas incompatibles avec une atténuation de l’effet d’îlot de chaleur urbain. En revanche, ces dispositions ne sauraient se passer de prises de décisions rapides.

Ces analyses proviennent du modèle informatique « Genius » visant à fournir des outils aux collectivités locales permettant de trancher sur ces questions de densité urbaine et d’énergie et d’identifier puis de hiérarchiser des leviers d’action. Elaboré par Marion Bonhomme dans le cadre d’une thèse de doctorat, l’outil a été conçu pour simuler les évolutions possibles des formes urbaines et leurs conséquences sur le climat urbain. Testée sur Paris et Toulouse dans le cadre de recherches menées avec Météo France, la simulation parvient à considérer des variables spatiales et temporelles étendues, de manière simultanée, avec un haut niveau de précision. Si la prise en compte de facteurs sociaux et des typologies locales reste à affiner, l’outil ouvre d’ores et déjà la possibilité de scénarios détaillés d’adaptation au changement climatique. Non pour connaître l’avenir des villes, mais pour rendre visibles, et donc discutables aujourd’hui les incidences des politiques énergétiques envisagées.


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