Le Quatre Pages

 

Sous une forme numérique, Le Quatre pages est destiné à jouer un rôle d’alerte au regard des principaux résultats ou enseignements de recherche, essentiellement ceux réalisés dans le cadre de programmes incitatifs initiés, financés et pilotés par le PUCA.
Les données et les analyses présentées, sauf mention contraire, proviennent des rapports de recherche rédigés par les chercheurs. La sélection et leur mise en perspective n’engagent en revanche que le PUCA.

Coordination : Bertrand Vallet

ISSN : 2427-8912 (imprimé)

 
 
 

Comment les agriculteurs arrivent-ils à vivre en ville ? Le cas de Bobo Dioulasso, Burkina Faso

publié le 21 novembre 2014 (modifié le 9 janvier 2015)

Peut-on décaler le regard sur la ville et entrer, non par l’analyse des activités dites urbaines mais par celle des activités agricoles et de ceux qui les pratiquent ? C’est l’exercice auquel s’est livrée Ophélie Robineau dans sa thèse de doctorat. Son questionnement est le suivant : l’agriculture s’est bel et bien développée au cœur de Bobo Dioulasso, au Burkina Faso et elle y est pratiquée par une multitude d’acteurs, sous diverses formes, en dépit d’une pression foncière forte. Comment les agriculteurs arrivent-ils à maintenir une activité viable dans un milieu qui ne leur est a priori pas favorable et dans un contexte d’expansion urbaine ?
L’agriculture doit ici son existence à un entremêlement entre formel et informel impliquant de nombreux arrangements entre acteurs. Les agriculteurs font en effet preuve de capacités d’adaptation et de négociation avec les autorités et les voisins pour accéder aux ressources qui leur font défaut (terre, moyen de transport, intrants, etc.). De leur côté, administrations et élus peuvent être amenés à contourner les règles en fonction de préoccupations économiques, sinon électoralistes.
Quels qu’ils soient, les arrangements exigent des relations de confiance, ouvrant parfois la possibilité de pratiques interdites. Et ce sont eux qui intègrent les activités agricoles à l’écosystème urbain, les engageant plus fortement sur la voie de la pérennité. Le meilleur exemple en est le réseau d’approvisionnement créé autour de l’accès à la fumure pour les maraîchers et à l’alimentation pour les éleveurs qui sert à la gestion des déchets issus des activités urbaines. En ce sens, l’agriculture urbaine participe à la durabilité de la ville aussi bien d’un point de vue économique (en générant des revenus et approvisionnant la ville), social (en luttant contre la pauvreté) que technique et environnemental (en recyclant les déchets). Loin d’être un vestige du passé, elle se présente comme un moyen de construire l’urbanité africaine contemporaine.


 

Villes et inondations : prévention, adaptation et résilience

publié le 21 novembre 2014 (modifié le 12 janvier 2015)

Entre le changement climatique, les pressions démographique et urbaine et le souci d’une mise en valeur récréative et environnementale des zones inondables, les injonctions contradictoires ne manquent pas. Cette situation entraîne l’ouverture de débats sur l’acceptabilité de la construction et plus largement sur les modalités de l’aménagement en zone inondable. L’urbanisation dans ces zones constitue un axe de réflexion complexe, qui met en jeu des plans de prévention des risques s’inscrivant dans un objectif de protection des biens et des personnes et la volonté de trouver un nouveau développement pour la ville. De nombreuses questions se posent aux concepteurs, aux acteurs publics et privés, mais aussi aux chercheurs. Pour réduire leur vulnérabilité, les villes doivent-elles limiter les espaces bâtis ou penser autrement l’organisation et l’usage de ces espaces ? Entre normes et réglementation, adaptabilité et réversibilité, recherche et innovation, comment les projets architecturaux et urbains se structurent-ils et comment aident-ils à reconfigurer la ville dans la perspective d’un développement durable ? Quelles recompositions paysagères et architecturales peuvent aider à gérer les risques d’inondation en intégrant les impératifs environnementaux ?
Quelles nouvelles stratégies permettent de penser la conception urbaine.
Les séminaires organisés par POPSU Europe avec collectivités locales et chercheurs pluridisciplinaires montrent que l’on assiste progressivement à un changement de paradigme : d’une stratégie de maîtrise de l’eau par des dispositifs techniques sans cesse plus sophistiqués, les projets urbains innovent désormais afin « d’accepter l’eau » et d’en faire un élément d’attractivité du territoire. Les collectivités locales se trouvent « naturellement » au cœur de ces nouvelles stratégies de gestion du risque.


Télécharger :

 

Le périurbain face à ses clichés

publié le 20 novembre 2014 (modifié le 12 janvier 2015)

« Comment la France est devenue moche ? » L’article paru dans Télérama en 2010 réglait assez vite le sort des périphéries françaises : leurs milliers de lotissements et de ronds-points représentaient rien moins que l’échec des politiques publiques d’aménagement. Cette vision n’est pas si éloignée des représentations de nombreux experts. La périurbanisation a longtemps été réduite à un processus de diffusion de l’aire d’influence d’une ville sur ses périphéries. Hier, on contestait son « mitage de l’espace », aujourd’hui, sa « non durabilité » en raison de l’usage souvent obligatoire de la voiture, de sa consommation du territoire, etc.
Après quatre décennies, si la croissance périurbaine est encore vive, elle ne tend pas à l’uniformité : les études récentes révèlent que les espaces périurbains connaissent une maturation morphologique (densification), sociétale (mixité générationnelle) et résidentielle (processus de territorialisation). En effet, des polarités « secondaires » se sont depuis créées autour de pôles périphériques ou de bourgs, et influent sur les mobilités résidentielles et quotidiennes. La population ayant vieilli, le périurbain est désormais habité par des ménages divers - incluant retraités et familles monoparentales. Peu d’ailleurs se disent « captifs » de l’espace : modestes ou aisés, ils essaient de se recentrer sur des territoires de proximité et au-delà, beaucoup manifestent un attachement à leur maison certes, mais aussi au territoire dont ils apprécient la vitalité (commerces, tissu associatif).
Une propension à « l’ancrage » que les élus locaux accompagnent. Raisonnant à l’échelle de l’intercommunalité, ils cherchent à accroître l’attractivité de certaines communes, à diversifier le parc de logements. Ils mettent ainsi en œuvre une action publique locale étendue, transversale et coopératrice, aussi bien dans les démarches de partenariat, de financement que de planification.


Télécharger :

 

La "densification douce " en France : une première quantification

publié le 19 novembre 2014 (modifié le 12 janvier 2015)

Parmi l’ensemble des politiques urbaines se réclamant du développement durable, les mesures de densification sont depuis plusieurs années présentées comme étant une des voies pour construire des villes moins consommatrices d’espaces et de ressources. Les trois quarts des surfaces urbanisées en France étant couvertes par de l’habitat individuel, l’avenir des quartiers pavillonnaires s’avère central au regard de ces enjeux de développement durable.
Ce gisement foncier peut-il accueillir des formes de densité et ainsi participer à la production de logements ? Telle est la question posée par le PUCA à travers le programme « Vers des politiques publiques de densification douce ? ». La densification « douce » (densification résidentielle qui se fait principalement sous forme pavillonnaire par division parcellaire et construction sur parcelles détachées, par construction d’appartements accessoires ou par restructuration de grands pavillons pour la production de plusieurs logements (PUCA, 2013)) semble pouvoir constituer une solution innovante en matière de production de logements. Alors que dans les pays d’Amérique du Nord cette forme de densification est un dispositif majeur pour la production de logements abordables, en France, elle n’est pas encore intégrée dans les politiques du logement. On reproche parfois à cette forme de densification de n’être que marginale au regard des enjeux quantitatifs de production de logements et en comparaison aux processus planifiés d’urbanisme traditionnel (en particulier les ZAC et les lotissements).
L’étude menée par l’agence Brès+Mariolle vient contredire cette affirmation. Les résultats de leur analyse quantitative prouvent que les quartiers pavillonnaires sont déjà des espaces de construction de logements individuels. Cette « génération spontanée » de pavillons représente environ 25% de la production totale de logements individuels (sur 10 ans et selon les échantillons étudiés). En extrapolant à l’ensemble de la France, la densification douce pourrait représente 600000 logements construits entre 1999 et 2011.
Aujourd’hui, les quartiers pavillonnaires se densifient donc « tous seuls ». Le phénomène est déjà bien connu des élus. On peut donc s’interroger sur les opportunités et les risques de cette « densification douce » mais quantitativement forte.


Télécharger :

 

La ville au rythme du commerce

publié le 18 novembre 2014 (modifié le 12 janvier 2015)

Le décret du 7 mars dernier a statué en faveur des grandes enseignes de bricolage : les Leroy-Merlin et Castorama seront désormais autorisés à ouvrir le dimanche. La décision fait suite aux ouvertures illégales de l’an passé qui avaient réactivé le débat public sur le repos hebdomadaire partagé. Ces actions médiatiques témoignent d’un jeu de lobbying vieux de plus de 30 ans, visant une libéralisation accrue des temporalités du commerce. Il est vrai que les villes françaises ont longtemps obéi à des normes nationales régissant le fonctionnement de leurs commerces et services. Moyennant quelques variantes locales et des branches particulières, les magasins étaient généralement fermés le dimanche, voire le lundi. Un créneau de 9h à 19h, avec une fermeture d’une à deux heures à la mi-journée, apparaissait immuable dans le paysage urbain national.
Aujourd’hui, un autre mouvement anime ces villes : celui qui les tire vers une amplification des ouvertures, le midi, le soir, le dimanche ou à des périodes données (soldes, Noël…). La journée continue tend en effet à se généraliser : la pause du déjeuner n’est d’ores et déjà plus beaucoup marquée dans les métropoles régionales et elle recule jusque dans les villes moyennes, en particulier le samedi. Malgré tout, de fortes résistances à la continuité perdurent. Elles proviennent déjà de la réglementation qui n’opère que par dérogation. Mais on observe également une très forte inertie provenant des acteurs eux-mêmes : certains services à caractère commercial œuvrent au maintien des rythmes traditionnels (banques, cabinets d’assurance, agences immobilières, lieux de spectacle), d’autres agents conservent le statu quo autant par héritage culturel que par crainte des difficultés engendrées. Car l’évolution, venue des grandes firmes, pose de délicates questions économiques et sociales : elle peut accroître les difficultés de gestion de certains type de structures, parfois déjà en difficulté, autant qu’elle peut rendre difficile l’articulation des temps de vie des salariés. Aussi le débat public concernant l’ouverture dominicale met-il les citoyens et les politiques à l’épreuve d’un choix sociétal : les individus paraissent tiraillés entre leur désir de ville à consommer en 24/24, leur quête de synchronicité comme salariés et leur souci d’égalité.


Télécharger :