Le Quatre Pages

 

Sous une forme numérique, Le Quatre pages est destiné à jouer un rôle d’alerte au regard des principaux résultats ou enseignements de recherche, essentiellement ceux réalisés dans le cadre de programmes incitatifs initiés, financés et pilotés par le PUCA.
Les données et les analyses présentées, sauf mention contraire, proviennent des rapports de recherche rédigés par les chercheurs. La sélection et leur mise en perspective n’engagent en revanche que le PUCA.

Coordination : Bertrand Vallet

ISSN : 2427-8912 (imprimé)

 
 
 

La mixité fonctionnelle à l’échelle métropolitaine a-t-elle du sens ? L’exemple des clusters du Grand Paris

publié le 17 novembre 2014 (modifié le 12 janvier 2015)

Les clusters du Grand Paris sont, avec le métro automatique, les symboles du projet métropolitain.
Impulsés par Christian Blanc dès 2010 pour organiser la planification du Grand Paris, il est prévu la création de six clusters spécialisés , vitrines du développement économique de la métropole : un pôle de la finance à La Défense, la création à Pleyel, les échanges à Roissy-le Bourget, le développement durable à la cité Descartes, l’innovation à Saclay et la santé à Villejuif-Evry. Mais comment expliquer la création de clusters spécialisés à l’heure où la mixité fonctionnelle est le nouveau mot d’ordre de la production urbaine ?
Cette recherche menée par le bureau d’études ACADIE invite à comprendre les enjeux territoriaux et économiques qui se jouent à travers ces projets urbains pour in fine reconsidérer la notion de spécialisation dans les projets de cluster du Grand Paris.
Elle montre que la spécialisation économique recherchée à travers les clusters est en décalage avec la réalité économique du tissu francilien, largement diversifié.
Ainsi, la carte des clusters est relativement déconnectée de la carte économique de l’Ile-de-France.
De plus, la recherche révèle une diversité d’attentes des acteurs impliqués dans la création de ces clusters, parfois contradictoires. Pour les acteurs publics, les clusters de caractérisent par une spécialisation économique dans une mixité urbaine. Il s’agit de valoriser les ressources des territoires (comme la présence de laboratoires de recherche à Saclay) en confortant un nombre limité de segments économiques tout en créant un « effet cluster » via une mixité des fonctions urbaines censée générer des échanges et des
innovations. L’exemple du plateau de Saclay est illustratif de cette volonté.
Les investisseurs immobiliers promeuvent quant à eux le zonage dans la diversité économique. Ils cherchent à créer des pôles économiques, avec un volume suffisant pour apparaître sur la carte de l’Ile-de-France et sont partisans de la diversité économique des entreprises et des emplois à cette même échelle. C’est le projet du Triangle de Gonesse.
In fine, ces différentes tensions amènent à penser que les clusters du Grand Paris sont davantage des outils de gouvernance territoriale, plutôt que des leviers de développement économique


 

Learning from Bangkok : l’habitat spontané, outil de développement des grandes métropoles

publié le 16 novembre 2014 (modifié le 12 janvier 2015)

Favelas au Brésil, villas miserias en Argentine ou plus généralement slums ou bidonvilles : indépendamment de leur nom et de leur lieu d’implantation, les ensembles spontanés éveillent la suspicion. Illégaux, ils sont perçus comme un phénomène temporaire qui n’entre pas dans la constitution de la ville sur le long terme et sont souvent renvoyés aux problèmes qui les ont générés (pauvreté, inégalité), ou à ceux qu’ils génèreraient (insalubrité, hyperdensité, insécurité).
L’observation d’une mégapole comme Bangkok révèle pourtant une réalité plus optimiste. A l’échelle urbaine, ces morceaux de ville entretiennent des interactions fortes avec le tissu planifié, voire des relations de complémentarité économique. Certains de ces quartiers constituent en effet des pôles ou des couloirs commerciaux attractifs, au niveau local et métropolitain.
Et avec les années, ils assurent la continuité du tissu urbain en investissant des lieux impropres à l’habitation (canaux, marécages, bretelles d’accès) et en les reliant finement à leurs contextes immédiats. La qualité du bâti Lui-même s’améliore également avec le temps, à mesure que la nécessité s’éloigne. Si elles s’édifient en-dehors des cadres légaux, les constructions finissent par rattraper les standards de la production résidentielle privée et à attirer une clientèle issue des classes moyennes, séduite par des localisations devenues avantageuses. Cette conquête du confort passe par une de leurs propriétés phares : la flexibilité de leur architecture (partitions légères, emploi du bois).
Forte urbanité, mixité des usages, adaptabilité, grande implication des résidents : l’habitat spontané stimule la réflexion sur la production résidentielle. Avec l’amélioration du niveau de vie, il constitue un mode d’insertion et de construction de logements à faible coût pour une population jusqu’alors précarisée.
Les autorités ont d’ores et déjà reconnu les qualités de ces lieux émergents ainsi que le droit des habitants à transformer leur cadre bâti, en régularisant une part de ces ensembles et en engageant des démarches participatives inspirées de leur modèle. C’est toutefois à des processus de co-conception spatiale plus stratégiques en termes de développement métropolitain qu’une meilleure connaissance de ces habitats alternatifs pourrait conduire.


 

Les dynamiques spatiales de la ville « financiarisée » : le cas de Santiago du Chili

publié le 15 novembre 2014 (modifié le 16 juin 2015)

La tour d’appartements du centre-ville de Santiago et le méga-projet pavillonnaire de sa périphérie sont deux manifestations de la « financiarisation » de la filière du logement chilien. La première, construite grâce à des fonds cotés en bourse, et le deuxième, financé par des compagnies d’assurances, n’auraient pas pu voir le jour sans un accès au marché des capitaux. Au Chili, le début du phénomène est identifié à 1981, date de la réforme du système des retraites. Celle-ci a doté le pays d’un secteur bancaire et financier puissant, au moment où la demande résidentielle croissait.
Au cours des années 1990, les élites financières en pleine expansion ont découvert dans la production de l’urbain une alternative pour la valorisation de leurs ressources.
Les dynamiques spatiales se retrouvent depuis infléchies par de nouveaux impératifs : rentabilité, maîtrise du risque, vitesse de rotation du capital. Des critères qui s’impriment sur les opérations actuelles, à la taille plus grande et au rythme de production accéléré, suspendues aux aléas du marché.
L’activité des investisseurs ne façonne pas pour autant des paysages complètement uniformes : ils diffèrent en fonction du bailleur de fonds impliqué et de la stratégie de création de valeur choisie. En outre, en s’enracinant dans un endroit précis, le « capital » doit négocier et s’adapter à des logiques préexistantes : les territoires peuvent être conditionnés par des patrimoines familiaux, régis par des cadres réglementaires complexes, etc. Au Chili, la territorialisation des investissements s’est appuyée sur un agent au savoir- faire particulier : le promoteur immobilier. Ce dernier apporte une expertise sur les dynamiques immobilières locales et détient un rôle d’intermédiation fondamental pour lever les obstacles bloquant la réalisation des projets. Il a su adapter les programmes résidentiels aux exigences financières.
Les logiques financières se sont ainsi immiscées dans le jeu des propriétaires fonciers, des autorités publiques et des promoteurs. Elles redéfinissent donc la ville et le rôle de ses producteurs, au risque, en périphérie, de voir des territoires gigantesques définis par une poignée d’acteurs « financiarisés » et de laisser indéterminées les frais liés à la gestion des espaces publics.


 

Comment développer la création de fonds travaux dans les copropriétés pour favoriser les rénovations énergétiques?

publié le 14 novembre 2014 (modifié le 12 janvier 2015)

Alors que la France s’est engagée à respecter des objectifs très ambitieux de réduction des consommations d’énergie pour ses bâtiments, la mise en mouvement de l’univers de la copropriété se fait plus lentement que le secteur des maisons individuelles ou du logement social. Compte tenu du volume de ce parc (27,3% des logements des Français), c’est pourtant un enjeu majeur pour parvenir à l’objectif de réduction de 38% des consommations d’énergie fixé par le Grenelle de l’Environnement. L’amélioration énergétique se heurte, en copropriétés, à une série de difficultés désormais bien connues : une connaissance insuffisante du monde de la copropriété par les professionnels ; un nombre important de copropriétés en très mauvais état, voire dégradées (300 000 logements situés dans des copropriétés en difficulté sur les 6 millions de résidences principales en copropriété) ; une difficulté de prise de décision en raison des divergences d’intérêts des copropriétaires ; une carence d’information des particuliers et des professionnels de la copropriété ; une approche trop souvent descendante des solutions à mettre en œuvre… Un outil semble pourtant particulièrement adapté à la rénovation énergétique des copropriétés : la mise en place de fonds travaux. Ils existent déjà en France, mais ne sont pas encore obligatoires, contrairement à d’autres pays. Le projet de loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) prévoir de rendre obligatoire la réalisation d’un diagnostic technique et la mise en place d’un « fonds de prévoyance », sous certaines conditions et à partir d’un certain seuil.
La recherche-action sur laquelle s’appuie ce 4 pages du PUCA montre qu’un tel outil financier, contribuant à constituer une épargne, est également un moyen de dynamiser le lancement de travaux de rénovation énergétique et de favoriser la maîtrise des dépenses énergétiques, notamment s’ils sont accompagnés de plans pluriannuels quant à la réalisation de ces travaux.
Au-delà des seules obligations réglementaires, ce travail insiste sur la nécessité d’accompagner cette nouvelle obligation d’actions de sensibilisation car, en la matière, la mobilisation des différents acteurs de la copropriété (syndic, conseil syndical, copropriétaires, professionnels etc.) quant à la stratégie à mettre en œuvre pour la prise de décision est primordiale.


 

Les transmigrants extra-européens et l’économie mondiale du « poor to poor »

publié le 13 novembre 2014 (modifié le 12 janvier 2015)

La façon dont les territoires urbains sont affectés, en France et en Europe, par les migrations est le plus souvent appréhendée à travers des représentations schématiques. Il y aurait d’un côté les « immigrés » dont le destin serait de s’intégrer au tissu urbain via l’habitat et l’emploi et à « B s’invisibiliser » à la manière des vagues migratoires qui les ont précédés. Il y aurait d’un autre côté les nomades, Roms et gens du voyage, dont on préjuge tantôt la vocation à se sédentariser, tantôt le caractère choisi et « culturel » d’une itinérance qui peut en réalité être subie. Difficile de dépasser l’opposition entre mobilité et ancrage, entre identité et localité, ou, a contrario , de ne pas associer insertion et sédentarité et ce à l’heure même où les marchandises circulent d’un bout à l’autre de la planète. Nous nous intéressons ici aux migrants-nomades, inscrits dans la mondialisation économique et absents du tableau.
Une sociologie attentive à la matérialité des flux économiques et à leurs agents permet en effet de remettre en cause cette vision des choses. Elle permet de décrire des mouvements qui témoignent de la mondialisation d’une économie qui n’est pas seulement celle de la compétitivité high tech et de l’économie de la connaissance mais celle de « l’entre-pauvres », du poor to poor, dont les acteurs principaux sont des transmigrants, autrement dit des migrants transnationaux en perpétuelle circulation entre les espaces de l’acquisition, ceux de la commercialisation et des services associés.
Cette mobilité ne signe pas un arrachement définitif au sol ni un abandon des identités. Elle produit, aux nœuds des « territoires circulatoires » qu’elle forme, de nouvelles interactions avec les populations « installées », en particulier celles issues de migrations « classiques ». Loin d’entraîner la dissolution des identifications culturelles ou ethniques, d’appartenance ou de stigmate, cette mobilité les recombine. Car cette économie fonctionne essentiellement sur des liens forts, ceux qui mêlent interconnaissance, parenté, origine et religion, et non sur l’interchangeabilité des agents à laquelle l’économie marchande contemporaine nous a habitués.